Monday, November 23, 2015

Message d’une Prisonnière à Tanguay: Contre l’Austerité

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Tou.te.s uni.e.s contre l’austérité !

En mettant la hache dans les services publics comme il le fait, le gouvernement Couillard fait un pas de plus dans la mise sur pied du projet capitaliste néo-libéral. Celui-ci vise à précariser les emplois salariés et à privatiser les services essentiels, tels la santé et l’éducation, en les soumettant au marché et en reléguant leur poids aux familles. Les mesures d’austérité s’inscrivent dans une restructuration de l’économie capitaliste au niveau mondial, visant à augmenter les taux de profits de la classe possédante et des investisseur.e.s. Ce faisant, il s’éloigne du modèle de développement du capitalisme québécois, qui avait utilisé l’État au tournant des années ’60, comme outil pour répondre aux nouveaux besoins de l’économie capitaliste en termes de formation de la main-d’œuvre, d’assurances pour la population (santé, de revenu) et de création d’une demande de consommation de masse. Il faut souligner que ces deux modèles de développement se basent sur l’appropriation des terres autochtones et sur leur exploitation intensive par les capitaux privés, la bourgeoisie subventionnée et les sociétés d’État, telle Hydro-Québec.

Couillard impose l’austérité, mais il n’hésite pas, par contre, à sortir de ses coffres 1 milliard pour voler au secours de Bombardier, une entreprise privée qui serait «en difficulté». On voit bien où sont ses vraies priorités. L’État condamne les travailleur.se.s à des charges de travail plus lourdes pour des salaires moindres et coupe des services de base pour lesquels se sont battues les générations précédentes. Si nous ne faisons rien face à la situation, un appauvrissement général de la population est à prévoir. C’est pourquoi une mobilisation de celle-ci dans les proportions les plus grandes possibles est avisée afin de faire pression sur le gouvernement, et ainsi espérer un recul de sa part. L’entêtement des Libéraux à poursuivre dans la voie de l’austérité et de la privatisation doit se heurter à la colère et à l’organisation des classes précaires et précarisées.

Allons plus avant dans l’organisation de la lutte contre le gouvernement Couillard et ses projets d’austérité !

Mobilisons toutes les couches de la société qui n’en peuvent plus de voir leur vies s’écrouler sous leurs yeux !

Grève sociale !

Coupures budgétaires en milieu carcéral ; les détenu.es n’en peuvent plus !

Faisant partie des couches les plus marginalisées et exploitées dans la société dite libre, nous, les détenu.es provinciaux.ales, n’avons pas à éponger personnellement les coupures budgétaires imposées aux institutions carcérales. Celles-ci qui, évidemment, se font un plaisir à nous les faire subir. En tant que détenu.e.s, notre précarité n’est que plus aiguë due à notre captivité et l’état de dépendance dans lequel nous sommes maintenue.e.s. Cependant, nous savons que nos conditions sont liées directement au capitalisme qui exploite les classes prolétaires, composées majoritairement, au niveau mondial, de personnes de couleur, de personnes migrantes ou déplacées, d’autochtones. Parmi ces groupes, les femmes sont bien souvent les plus précaires. Dans ce contexte, la prison n’est qu’un moyen de gestion des populations que le capitalisme a qualifié d’inutiles.

À Tanguay, la prison pour femmes de Montréal, nos conditions de vie se sont dégradées à un rythme effréné, au cours des cinq dernières années. Nous avons faim : les rations et la qualité de la nourriture causent de la malnutrition chez les personnes incapables de se payer une cantine pour compléter leurs repas. Nous sommes malades. Les établissements tombent en ruine. Les murs sont rongés par les moisissures. Dans certains secteurs, des reflux d’égouts sortent de la tuyauterie d’eau potable. La vermine pullule, dans la cuisine, dans les cellules. Pour couronner le tout, les produits de nettoyage sont dilués à un point où ils perdent leurs propriétés nettoyantes. Ils sont rationnés de façon telle qu’il n’est pas possible de nettoyer le secteur convenablement. L’accès aux services médicaux est réduit au minimum. Les retards dans les transferts de prescriptions mettent quotidiennement en danger la vie de nombreuses détenues sous le regard indifférent des agent-e-s correctionnel-le-s. Celles qui présentent des symptômes de manques physiques, même les plus graves, sont laissées aux soins des autres détenues qui se transforment alors en gardes-malade, et ce sans aucune formation, sans matériel médical ou produit de nettoyage, dans un environnement déjà insalubre. Sans compter que les personnes dans cet état sont fréquemment porteuses de maladies transmissibles comme le VIH ou l’hépatite B. Les femmes enceintes n’ont pratiquement aucun suivi médical, mis à part une seule échographie au cours de leur grossesse, pas plus qu’une alimentation convenable. Les fausses couches ne sont plus considérées comme une urgence. Les femmes qui en font ne reçoivent aucune aide médicale. On nous traite de façon inhumaine.

Le durcissement des peines, par exemple le retrait de la possibilité de sortir au 1/6, et des conditions de libération a entraîné un problème de surpopulation, qui ne fait qu’empirer la situation. Il faut passer environ un mois dans la salle commune, avant de pouvoir partager une cellule juste assez grande pour y entasser deux matelas, dont un sur le minuscule espace sur le plancher. On vit les unes par-dessus les autres ; les tensions sont à leur maximum.

Il va sans dire que lorsqu’on parle de coupures et de dégradation des conditions de vie, nous savons de quoi il est question. Est-ce que d’avoir commis quelques infractions au code criminel justifie un tel traitement ? Surtout sachant que la plupart des personnes incarcérées le sont pour des crimes liés à leurs conditions de vie. Nous ne sommes pas sans avoir remarqué un net changement dans les conditions de travail des agent.e.s correctionnel.le.s. Ce changement a des impacts négatifs directs sur notre traitement. Si la situation continue sur cette pente descendante, seul l’avenir nous révélera jusqu’où ira le ras-le-bol des détenu.e.s.

Ce que nous voulons :

Nous désirons grossir les rangs de la mobilisation déjà en cours dans l’espoir de lui donner un maximum de poids et de forcer un changement de direction quant aux politiques anti-sociales mises en vigueur par le gouvernement. Nous voulons qu’on reconnaisse nos revendications qui relèvent du simple respect de la dignité humaine : de la nourriture qui subvienne à nos besoins nutritionnels de base, des services médicaux adéquats et accessibles, un suivi particulier pour les femmes enceintes, une prise en charge des cas lourds de sevrage et des produits d’hygiène fournis. Plus de programmes sociaux, plus de cours qui débouchent sur des emplois, l’accès à des thérapies, de l’aide pour devenir des personnes fonctionnel.le.s : voilà ce que la majorité des détenu.e.s veulent mais ne peuvent atteindre en partie à cause du manque de ressource offertes.

(traduction en anglais ici)


 

Le 1er décembre, réunissons-nous pour une Vigile de solidarité avec tout.es les prisonnièr.es !
À midi (12h), devant le Palais de justice (1 rue Notre-Dame est)



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